L’ESCEM perd son accréditation AACSB en 2016

En toute discrétion l’ESCEM a retiré le logo AACSB de son site, c’est officiel l’école de commerce vient de perdre son accréditation. Ce n’est malheureusement pas une grande surprise pour cet établissement compte tenu de ses récents déboires dans le cadre de la « fusion France Busines School », mais comment ne pas être déçu pour cette école montante des années 2000-2010 pleine d’espoir. Retour arrière sur l’ESCEM ;

Il s’agit d’une école issue de la fusion en 1998 de l’ESC Tours et de l’ESC Poitiers, c’était à l’époque la toute première fusion entre deux écoles de commerce (avant même ESCP et EAP, devenue aujourd’hui ESCP Europe). L’ESCEM a ensuite bénéficié d’une très belle ascension en terme d’image et de notoriété qui s’est d’ailleurs ressentie dans les classements de l’époque, dans le choix des étudiants prépa (SIGEM) l’école était préférée à l’ICN et au CERAM (aujourd’hui SKEMA) dans les années 2007-2008. Au pic de son ascension, l’ESCEM avait même rejoint Ecricome auprès de l’ICN, des ESC Rouen et Reims (aujourd’hui NEOMA) et des ESC Bordeaux et Marseille (aujourd’hui KEDGE), une formidable reconnaissance pour cette école dont l’image était désormais associée à de très bonnes écoles.

Mais en 2009 l’ESCEM perd le label EQUIS, c’est la première école à perdre un de ses labels internationaux. L’ESCEM fera appel de cette décision, récupérera le label EQUIS pour finalement le perdre définitivement en 2011. Le mal était fait, et cela apportait une nouvelle donne : l’obtention d’une accréditation internationale fait la force d’une école mais aussi sa plus grande faiblesse lorsque qu’elle la perd. Cela s’est effectivement ressenti très rapidement sur les choix des étudiants aux concours et plus globalement sur la renommée de l’école.

En 2012 l’ESCEM décide de prendre part à la plus grosse fusion d’écoles avec Sup de Co Amiens, ESC Brest et ESC Clermont afin de former une seule école avec ses 5 campus : France Business School « FBS ». Un projet ambitieux puisque le budget de cette nouvelle école de l’ordre de 65 millions d’euros devrait la placer en 4e position, derrière HEC, l’ESSEC et l’ESCP Europe, et devant l’EM Lyon. Avec 103 enseignants docteurs, elle se situerait, là encore, dans le « top 5 ». Plus qu’une fusion, le projet se veut l’invention d’un nouveau type d’école qui casse les codes traditionnels des ESC « à la française », à commencer par le modèle classique de recrutement des étudiants via classes préparatoires HEC : à la place d’un concours France Business School fait le choix d’évaluer les candidats à travers des tests, des entretiens et des jeux de rôles.

A peine 2 ans après la création de France Business School, en 2014 la fusion échoue et l’école FBS disparaît. Retour à la case départ : l’ESC Amiens, Brest BS, ESC Clermont et ESCEM reprennent leur autonomie pour tenter de résister à la faillite et à la fermetures des écoles. La nouvelle approche n’a pas séduit le milieu conservateur des grandes écoles, car si l’ESC Clermont et l’ESCEM étaient de niveau relativement similaire (sur leur renommée, leur sélectivité, leurs labels et accréditations), Sup de Co Amiens et l’ESC Brest étaient classées au bas de tous les classements depuis de nombreuses années. Se pose alors la question de l’identité de cette nouvelle école FBS : les écarts de niveau entre les écoles issues de la fusion conjugué au fait que l’école ne recrute plus via le concours prépa historique, lui fait perdre tout crédit auprès des étudiants, des professionnels et même du ministère de l’éducation nationale qui décide de lui retirer le précieux grade de Master, pour finir la nouvelle école est même exclue de la Conférence des Grandes Ecoles. Parmi les 4 écoles ayant repris leur autonomie à la dissolution de FBS, les ESC Clermont et Brest BS ont récupéré leur Grade de Master (seule reconnaissance officielle de l’éducation nationale et de l’Etat) et ont été réintégrées au sein de la CGE, l’ESC Clermont a même réussi à obtenir le renouvellent se son accréditation AACSB en 2016.
Malheureusement l’ESCEM (pourtant la mieux placée des 4 écoles) et l’ESC Amiens n’ont pas réussi à obtenir le grade de Master (leur programme Master Grande Ecole semble même avoir été abandonné, il semble que seul le programme Bachelor bac+3 soit encore enseigné), et de facto n’ont pas été réintégrées dans la Conférence des Grandes Ecoles. Il est surprenant que l’éducation nationale et l’Etat ne réattribuent pas les mêmes privilèges à toutes les écoles, comme si en l’espace de 2 ans l’ESCEM ne serait plus la bonne école qu’elle était autrefois ? Tombée dans un cercle vicieux, l’ESCEM restée sur le banc de touche va nécessairement attirer moins de candidats, baisser voir disparaître des classements, et aura beaucoup de mal à sortir de cette situation.

En 2016 l’ESCEM est finalement reprise par le Groupe Sup de Co La Rochelle, convaincue que la marque ESCEM a une valeur sur le marché, pour tenter de donner un nouvel élan à l’école.

Une pensée sur “L’ESCEM perd son accréditation AACSB en 2016

  • 26 juillet 2016 à 9 h 17 min
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    L’ESCEM perd son accréditation AACSB en 2016.
    C’est prévisible, car la perte de cette accréditation internationale est la conséquence directe de la perte du grade de Master de l’éducation nationale.
    Il faut rappeler qu’à peine 2 ans après la création de France Business School, en 2014 le Groupe FBS échoue et disparaît pour donner l’indépendance aux 4 écoles de commerce concernées dont l’ESCEM.
    Je pense que la CEFDG a fait une erreur en retirant « brutalement » le visa et le grade de master du programme grande école de l’ESCEM à cause de sa très mauvaise situation financière due à l’abandon du concours BCE (ECRICOME), entraînant la baisse des effectifs des étudiants, alors que l’enseignement de l’ESCEM était toujours de très bonne qualité, après 2 ans de FBS.
    Or, pour sauver l’ESCEM et lui permettre de rebondir, la CEFDG aurait dû lui laisser le grade de Master pendant une période probatoire de 2 ans par exemple, afin qu’elle puisse réintégrer le concours BCE, réduire les effectifs des salariés, vendre des bâtiments, voire trouver un repreneur solide.
    C’est logique, la perte du grade de Master du programme grande école de l’Education nationale entraîne la perte systématique de toutes les accréditations internationale (AACSB, …).
    Comme l’ESCEM a fait des efforts considérables pour assainir sa situation financière, j’espère que la CEFDG va être compréhensive en lui accordant rapidement le grade de Master, afin qu’elle puisse réintégrer le concours BCE pour rebondir.

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