Les classements sont de toute évidence des indicateurs clés pour les étudiants. Mais peut-on réellement se fier aux rankings conçus par des magazines, aussi « sérieux » soient-ils ? Les deux derniers classements édités par le Figaro et l’Etudiant nous amènent une nouvelle fois à nous interroger sur le bien-fondé de ce type de palmarès.

Certaines informations ne sont pas vérifiables

Une grande partie des informations collectées pour réaliser les classements sont totalement biaisées. Comme le précise Patrick Fauconnier, fondateur du magazine Challenges « c’est la foire aux mensonges sur tout : les salaires des diplômés, le nombre d’enseignants, des départs à l’étranger… « . Le personnel, les étudiants et diplômés, juges et parties, ont tendance à vouloir gonfler leurs chiffres pour valoriser leur école, car ils savent que de meilleurs chiffres (toujours plus hauts, toujours plus importants) font la différence dans les classements actuels.

La prime à la taille au détriment de la qualité

Les classements et accréditations accentuent l’articulation « standardisation-conformisme-mimétisme » et rendant toute différenciation difficile pour les écoles. En outre, les classements et l’accumulation de critères purement quantitatifs favorisent les grosses écoles en taille : plus l’école est grosse et plus elle monte d’année en année, car il existe peu de relativité dans les chiffres par rapport à la taille des écoles. Citons par exemple la très bonne école Audencia qui se retrouve placée en dehors du top 10 d’après les auteurs de ces magazines. Mais les étudiants, eux, ne s’y trompent pas pour autant, puisque l’école est toujours restée à la 6e place dans les vœux des candidats lors des choix d’affectation aux concours, et cela depuis toujours. Pour faire un parallèle simpliste, si certains magazines classaient les restaurants comme ils classent les écoles, les casernes militaires seraient en tête de liste et les petits restaurants étoilés tomberaient en fin de classement !

Quels sont les critères utilisés ?

Les classements se basent majoritairement sur des critères subjectifs, aucun média (papier ou web) ne peut se prévaloir d’utiliser une meilleure méthodologie qu’un autre média… les classements ne sont que le reflet de l’opinion de leur(s) auteur(s). Alors chaque magazine décide de son propre chef des critères (parfois dénués de sens) qui déterminent ce qu’est une bonne école ou non. Les magazines jouent sur les critères mesurés et la pondération attribuée aux notes pour créer la surprise, sans toutefois bouleverser l’ordre établi pour rester crédible. Mais comment peuvent-ils savoir qu’ils utilisent les bons critères, qu’ils n’en ont pas oublié ou à l’inverse qu’ils n’ont pas ajouté des critères non pertinents qui viennent biaiser les résultats ?

Du côté du Figaro le classement s’appuie sur « la recherche de l’école (coef. 3) », mais qu’entend t-on par « la recherche » concrètement ? Autre critère, celui de la « présence d’enseignants de très haut niveau (coef. 2) », c’est à dire ? Ou encore le « chiffre d’affaires de la junior entreprise », est-ce vraiment pertinent ? Même chose du côté du magazine l’Etudiant, ils annoncent pas moins de cent critères recensés pour mesurer la qualité d’une école ! Mais avant tout, en décortiquant leur méthodologie on apprend que les réponses sur lesquelles les auteurs se sont basés pour élaborer leur classement 2021 remontent à l’année 2019-2020… Alors si jamais une école s’est améliorée entre temps, et bien c’est râpé ! De plus il existe de nombreuses zones de flou : pourquoi les durées du visa ou des labels EQUIS/ACCSB ne sont pas utilisées, alors que la durée du master l’est ? Dans le cas présent, cela est clairement en défaveur de l’EMLyon, une école qui comme par hasard perd une place est permet de faire le buzz dans ce classement. Le nombre de créateurs d’entreprise ne figure pas parmi les critères « classants », mais le nombre de diplômés sur Linkedin si… question de point de vue. A l’inverse, le SIGEM qui est probablement la statistique la plus fiable (à savoir le choix réel des candidats lors de leurs vœux d’affectation), n’est pas utilisé. Enfin, les deux magazines utilisent les classements d’autres magazines internationaux (FT, QS…) pour établir leur propre classement, une pratique peu transparente qui alimente une forte homogénéisation entre les classements et renforce l’inertie.

Et pourtant… ils peuvent s’avérer utiles ces classements !

Même s’ils ont de nombreux inconvénients, les classements permettent malgré tout aux écoles de se rendre visibles en France et à l’international, ils permettent aussi aux écoles de s’améliorer. Alors sans renoncer aux classements, il conviendrait de leur redonner leur vraie fonction : permettre aux étudiants de comparer les écoles (leurs forces, leurs différences et leurs spécialités), mais sans nécessairement les classer et les mettre en compétition les unes avec les autres… ou alors en partageant des critères préalablement validés officiellement entre les Grandes Ecoles. C’est l’une des missions que s’est donnée la Conférence des Grandes Ecoles, une commission a ainsi été mise en place pour travailler sur une liste officielle de critères à prendre en compte, et validés par toutes les écoles. Une excellente initiative qui devrait s’avérer très utile pour aider les candidats à y voir plus clair et les aider à choisir leur future école.

2 Replies to “L’envers du décor des récents classements des écoles 2021”

  1. Dans les derniers classements des écoles de commerce post-prépa, on constate que SKEMA est régulièrement classée 5ème devant EMLYON.
    Effectivement, on peut toujours parler du TOP 5, mais certains recruteurs parlent aussi des trois parisiennes et du groupe des grandes provinciales (EDHEC/EMLYON/AUDENCIA/GEM/SKEMA/NEOMA/TBS).
    De toute façon, ces grandes provinciales sont excellentes sur le plan académique.

  2. Quels que soient les efforts des écoles de commerce en internationalisation, recherche, ou vie estudiantine, les classements sont immuables: les 3 parisiennes, emlyon, Edhec… et le reste. Les étudiants français votent avec leurs pieds selon leurs résultats aux concours. Les meilleures écoles attirent les meilleurs étudiants et enseignants et on ne sort pas de cette logique. Dès lors, la pertinence des classements laisse dubitatif. Le paradoxe de ce secteur est qu’il innove peu, les écoles se copiant toutes les unes sur les autres. Il est surprenant de voir combien d’argent (celui des parents) est investi dans des bâtiments ou des programmes de « recherche » qui débouchent rarement sur des applications en entreprise. Les écoles françaises sont réputées à juste titre, mais le rapport qualité prix devient mauvais face aux meilleures universités (Dauphine, Assas, Toulouse…). Le digital rebat aussi les cartes de manière importante. Bref, les écoles dispensent des enseignements plutôt bons encore que la disparité des enseignants soit énorme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *